Egle Simkute, « Eglusha », artiste plasticienne lituanienne, propose une vision colorée, torturée, pop de l’ensemble de ses peintures.
Des formes simplifiées, complexes, cernées d’un trait noir épais, ou au contraire d’un halo lumineux qui les délimite, créent une architecture étrange. Ces formes cohabitent entre elles, remplies de couleurs pastel ou pénétrantes, des couleurs qui se complètent, se contredisent, le tout sur un fond neutre, tendre. Des formes qui envahissent toute la toile ou se réunissent en son centre.

Pour comprendre le travail pictural d’Eglusha. il va de soi, qu’il faut se référer directement à ses illustrations, qui font miroir tant sur le choix de la forme que dans le sens caché de ses dessins. Sa démarche vise à une continuité logique de son travail antérieur, ses peintures se détachent de plus en plus du « réel » pour aller doucement vers l’abstraction. Elles héritent de la couleur employée dans ses illustrations. Le rapport espace/forme est au coeur du travail d’Eglusha, elle ne cesse de questionner la place de la forme dans l’espace. Ses influences artistiques nourrissent ses thématiques. Il est évident, qu’un intérêt pour l’interprétation nouvelle est fort, elle revisite des classiques et en construit son propos, ses influences vont alimenter son travail, le fait de remâcher sans cesse permet de sonder ses propres questions contemporaines « touchant » la sociologie et la philosophie.

Ses peintures s’apparentent à des formes qui se lient, se relient entre elles, se trahissent, se contredisent. Ces formes ordonnent une sorte d’architecture complexe, néo cubiste, (on l’on perçoit très clairement le cylindre, le cône, la sphère, l’éclatement des volumes...). Ce désir de disséquer la forme et de traduire différents points de vue en interprétant le réel est un marqueur de ses oeuvres. Un attrait omniprésent pour le surréalisme prédomine dans son travail.

Ces formes renvoient à des parties du corps, la couleur beige ou encore « nude », couleur hautement employée, devient en quelque sorte le ciment de ces constructions. Eglusha fait un clin d’oeil au classicisme antique notamment avec l’usage des emblématiques colonnes ioniques qui posent un décor luxuriant et théâtral, mais aussi des bustes néo romain, mi humain mi icône.

Le corps est devenu le ciment de son architecture, son essence, il pose les bases, il est l’élément récurrent qui est le pilier de la construction des peintures d’Eglusha.
Un corps souvent nu, sexualisé, féminin qui renvoie au questionnement de la place du corps de la femme dans notre société.

La démarche de vouloir métisser les genres artistiques, comme la « nature morte », genre classique qui par définition s’articule autour d’éléments statiques, immobiles, renvoie au temps qui passe. Dans la peinture d’Eglusha « la nature morte » flotte dans l’espace, et au delà du genre, ces architectures donnent cette sensation forte d’apesanteur.

Eglusha propose des morceaux d’histoire qui constituent un puzzle énigmatique, où le monde des chimères est prégnant. En ce sens, sa démarche surréaliste est puissante, ces corps démantelés qui ressemblent aux créatures hybrides de la mythologie, des êtres fantastiques, représentations stylistiques qui font une autre fois écho au classicisme, où ces créatures légendaires symbolisaient le caractère monstrueux et en même temps divin de la Grèce antique, symboles, à la fois, de luxure et d’abandon aux plus bas instincts mais aussi du respect des Dieux par les simples mortels.

Avec l’emploi de la thématique récurrente du corps, elle conforte l’idée même de l’idéalisation du corps et de la destruction de celui-ci. Les peintures d’Eglusha dévoilent ainsi un monde secret, son monde à elle, énigmatique et anachronique. Elle puise dans ses rêves, ses cauchemars et nous propulse dans un univers fantasmagorique L’inconscient est la matière brute de son travail, sa source d’inspiration, sa communication entre elle et le spectateur : « l’idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique ». A.Breton

Par Eva Reisser

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